14.02.2006
Vingt ans depuis cinquante ans...
14 février 2006.

Vingt ans depuis cinquante ans…
Mon si cher et indispensable Julos,
Voilà que les chardonnerets d’Ecaussines se marrent et voici que les merles en bérets de Tourinnes-La-Grosse font du bruit dans le landerneau de la Wallonie, dans cette Belgique si proche et qui m’est si nécessaire… Parce que mon cher Julos, fidèle à tes habitudes, tu vas avoir 20 ans depuis 50 ans cette année… Et que tes paroles me bercent depuis longtemps, moi qui n’est que 20 ans depuis 26 ans… Tu dois inquiéter nos fourbes technocrates, lisseurs d’avenir et de chimères, n’as-tu pas soulever la révolte ? Avec ton front de Libération des arbres et n’as-tu pas obligé, les pauvres sourds que nous somme à écouter tomber les feuilles de nos arbres intérieurs en instaurant le Front de Libération de l’Oreille ?
Souvent, bien souvent… Quand je doute et que j’ai bien mal aux autres, tu m’envoies un de tes communiqués colombophiles, en bon navigateur solitaire sur la mer des mots, tu m’as appris que même si « le monde est une triste boutique, les coeurs purs doivent se mettre ensemble pour l'embellir »Grand voyageur, tu m’as appris à écouter le poète du Burundi, du Mexique ou de la Chine, la complainte d’Algérie, la mélopée du griot Zaïrois, le conte du Rwanda… En Inde ou au Maroc sur ton petit vélo volant, tu m’as donné le goût et la curiosité des autres… le chanteur du silence de l’ère vidéo-chrétienne, celui qui fait contribuer son public en le faisant pédaler pour alimenter les projecteurs, ta Centrale Electrique Musculaire… Tes instruments inventés l’epace d’un concert et tes pulls enchantés qui empruntent les couleurs de l’arc en ciel que l’on ne regarde plus…. Lorsque je suis en colère… Très souvent, selon mes proches, je me souviens de tes paroles, écrites en cette terrible année 1975, où l’on a pris ton amour, toi qui a su démonté ton chagrin et ta rage pour pouvoir rester toi-même … Tu me donnes une leçon, bien malgré toi, une leçon de vie…
« Ma Loulou est partie pour le pays de l'envers du décor, un homme lui a donné neuf coups de poignard dans sa douce peau. C'est la société qui est malade, il nous faut la remettre d'aplomb et d'équerre par l'amour et l'amitié et la persuasion.
C'est l'histoire de mon petit amour à moi arrêté sur le seuil de ses 33 ans. Ne perdons pas courage, ni vous, ni moi. Je vais continuer ma vie et mes voyages avec ce poids à porter en plus et mes deux chéris qui lui ressemblent.
Sans vous commander, je vous demande d'aimer plus que jamais ceux qui vous sont proches ; le monde est une triste boutique, les coeurs purs doivent se mettre ensemble pour l'embellir,
Il faut reboiser l'âme humaine.Je resterai sur le pont, je resterai un jardinier, je cultiverai mes plantes de langage. A travers mes dires, vous retrouverez ma bien aimée ; il n'est de vrai que l'amitié et l'amour.
Je suis maintenant très loin au fond du panier des tristesses.
On doit manger, chacun, dit-on un sac de charbon pour aller au paradis, ah comme j'aimerais qu'il y ait un paradis, comme ce serait doux les retrouvailles. En attendant, à vous autres, mes amis d'ici-bas, face à ce qui m'arrive, je prends la liberté, moi qui ne suis qu'un histrion, qu'un batteur de planches, qu'un comédien qui fait du rêve avec du vent, je prends la liberté de vous écrire pour vous dire à quoi je pense aujourd'hui :
Je pense de toute mes forces qu'il faut aimer à tort et à travers ».
Ecoutez ces mots, je pense de toutes mes forces qu’il faut aimer à tort et à travers… Gravez-le au fronton des écoles et des mairies, chantez le dans les rues, les casernes et les maisons de retraites…
L’énergie d’aimer, le moteur du monde…
Ton terroir, c’est les galaxies, j’ai moi aussi des filles qui veulent vider la mer… Chaque fois que je t’écoute et chaque fois que je te lis, je me sens plus humain…
Alors, mon cher Beaucarne, à l’ombre de tes tours, temples et Pagodes Post-industriels, nous resterons ensemble, toutes et tous, épaules contre épaules et attendront gaiement le jour où tu auras 20 ans depuis 60 ans…
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Enfant de l'image...
14 février 2006
Enfant de l’image…
« Dans la plupart des pays, les citoyens possèdent la liberté de parole. Mais dans une démocratie, ils possèdent encore la liberté après avoir parlé »
André Guillois
Vous vous appelez Kim Phuc Phan Thi et je crois savoir que vous vivez au Canada. Comme des milliers de gens dans le monde, je vous ai vu un mois de juin 1972, aux informations… Je suis assez vieux pour m’en souvenir, j’avais 13 ans à cette époque, votre image a été le révélateur de la puissance des images sur ma génération et les générations à venir. Vous courriez dans les rues, avec vos petits frères et sœurs, brûlée par les bombes de napalm… Abreuvé comme tous les gamins de l’époque par les films du dimanche soir avec John Wayne… J’ai compris d’un seul coup l’horreur sans nom de la guerre, pourtant mon père me l’avait contée bien souvent, mais ses combats relevaient de la saga familiale… Comme une guerre en noir et blanc, désincarnée…. Je sais que vous avez survécue, vous avez publiquement pardonné aux « spécialistes » des bombardements au napalm, qui furent la cause de vos supplices. Depuis, vous avez consacré votre existence à promouvoir la paix et vous avez fondé, à cet effet, la Fondation Kim international.
Vous vous appeliez Wang Weilin, mais personne n’en est véritablement certain, c’était le mois d’avril d’un joli printemps, beaucoup plus tard, en 1989, nous étions dans l’attente d’un événement sans nom… la naissance de notre première fille… Et puis, vous êtes apparu, Une silhouette indécise en chemise blanche, un banal sac de plastique à la main, faisant front à une colonne de chars… Le premier blindé, hésitant, entreprend de contourner la silhouette minuscule dressée face à lui, impassible.. Ne possédant que sa seule détermination face à la troupe… L’armée a investi l’avenue Chang’an… Place Tien An Men… Pendant longtemps, cette photo est restée sur mon bureau, pour mieux me souvenir… me rappeler que le silence était ponctuée bien souvent par des cris de révoltes….
Cette même année, Check Point Charly…Nuit du 9 au 10 novembre 1989, l'heureuse chute du Mur... Cette nuit-là, devant les caméras du monde entier, de jeunes Allemands de l'Est et de l'Ouest brisent le Mur de la honte qui divise Berlin depuis le 13 août 1961… Vous vous appeliez Christian, Franz, Renate…
Tant et tant d’espoirs… J’avoue ne vous avoir regardé que de très loin, pour moi également le mur de la solitude était brisé, je contemplai émerveillé, une «petite » mouche toute brune, bébé de quelques mois… Manon a su plus que tout, briser la carapace du vieux bourru….
Visions d’espérances, visions d’horreur… Dans le carrousel sans fin de l’actualité, il est pourtant si important de faire arrêt sur image… Un temps infime, le temps de la réflexion…
Colonnes de réfugiés Albanais Kosovars… Guerre du Golfe et guerre en Irak, et l’Afrique qui n’en finit plus de mourir et tant et tant d’éléments d’un inventaire infernal, parodions Dante, vous qui « voyez » ici perdait toute espérance…. Et bien non, moi, un enfant de l’image je m’y refuse… Et au-delà des clivages politiques et des mises en scène médiatiques, je ne veux retenir que ceci : Un certain 22 septembre 1984… Verdun et une certaine poignée de mains entre deux hommes… Qu’importe les étiquettes politiques, bien qu’en cette circonstance nous étions loin de la politique du « Karcher » …
Une poignée de mains que n’auraient pas désavoués mes grands- pères… Au-delà des trépidations, de la fureur et du chaos… Je veux encore y croire, moi, l’enfant de l’image…
« Celui qui marche au son d'une musique militaire n'a reçu son cerveau que par mégarde, la moelle épinière lui aurait amplement suffi... »
Albert Einstein
« Nous avons autant besoin de raisons de vivre que de quoi vivre »
Henri Grouès dit « Abbé Pierre »

13:02 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Vivre... Quelle aventure...

La poésie, c'est un des plus vrais, un des plus utiles surnoms de la vie. »
Jacques Prévert
"Que le prodigieux spectacle continue. Et que, peut-être, tu y contribues par ta rime. Quelle sera votre rime ?"
Rappelez-vous, Welton… Ce sévère collège du Vermont, rappelez
vous monsieur Keating… Quelle sera notre rime ?
Les mots qui s’inscrivent et donnent la piste de l’émotion ne sont finalement que des morceaux d’enfance qui reviennent à la surface, sous nos fronts soucieux, ils explosent en souvenirs colorés… Certains prétendront n’avoir jamais ce genre de démarches ou de pensées… Comme les enfants perdus de Peter Pan, beaucoup ont oublié… Oublié l’enfance et l’émotion… Nous avons tous laissé quelques part un sac de billes, une besace emplie à ras bord de minuscules parcelles d’émotions… Et pour cela, nous ne savons plus voler… Voilà pourquoi j’écris, afin de retrouver mon sac de billes, pouvoir voler de nouveau…Chaque ligne, chaque signe me renvoie au pays imaginaire… Il m’a fallu finalement beaucoup de temps pour admettre qui j’étais véritablement… Un enfant perdu du pays imaginaire… Mon terrain d’aventure est là, toute la palette d’émotions, de joies et même de peines (sans m’y complaire…), la naïveté de l’émotion qui nous laisse véritablement l’empreinte de ce que nous sommes, de prodigieux animaux aimants… Notre humanité profonde… La vie est si prodigieuse, si pleine de rencontres et de coups de cœur… Bien souvent, nous n’osons pas… La peur d’être différents…L’artiste est improductif dans le monde mécanique de l’ordinaire…
L’émotion, elle est là, partout… Il suffit simplement d’ouvrir un peu plus les paupières, les oreilles et le cœur…
Des petites pierres blanches parsèment notre imaginaire, livres ou petits bouts de phrases glanés ici ou là….
"Je ne veux plus t'entendre parler, juste entendre parler de toi" déclare Alfredo au jeune Toto dans Cinéma Paradiso…
Pourquoi refuser ce qui nous fait grandir ? Nous sommes des Latins prompts à s’enflammer, à rire et dans la minute qui suit à pleurer… N’est- ce pas cela qui nous rend si sympathiques ?
Alors au diable les pudeurs guidées par le « bon sens » quel cercueil le bon sens…
Roberto Benigni, parlant de son film « La vie est belle » donne une belle définition de l’émotion…
- « Fuir le réalisme, n’est-ce pas trahir la réalité ?
A chaque fois que l’on écrit, il s’opère une trahison. L’artiste trahit parce qu’il doit choisir un style, trier la réalité, éliminer des choses, suivre une narration.
J’ai aussi pensé à cette belle phrase de Keats : “Ce n’est pas ce qui est vrai qui est beau, c’est ce qui est beau qui est vrai.” Quand une chose est belle, elle devient réelle. Si le film est réussi, et j’espère qu’il l’est, le camp devient vrai.
Rire nous sauve, voir l’autre côté des choses, le côté irréel et amusant, ou réussir à l’imaginer, nous aide à ne pas être réduits en miettes, à ne pas être écrasés comme des brindilles, à résister pour réussir à passer la nuit, même quand elle s’annonce très très longue. »
«Faire rire ou pleurer, c’est la chose la plus belle au monde»
Roberto Benigni
Eh non, ce n’est pas choquant… Au contraire, les émotions nous ouvrent la voie de la sagesse, elles nous rendent meilleures et plus humains, à l’écoute…
« Faire pour être », se réaliser, sans autre contrainte que le plaisir d’être vivant… Un programme qui semble être l’œuvre d’un fou en ce début de siècle où fleurissent les « techno blaireaux ».
Ne négligons pas la chanson populaire qui n’est pas du populisme, cette chanson de la petite dame en noir qui conclut de manière si clairvoyante : « Sans amour, on est rien du tout… »
La complainte des pauvres gens… nous sommes de pauvres gens qui ont tout… Ils nous manque peut-être actuellement, juste un petit soupçon d’humanité…
Voilà, encore un dimanche soir sur la terre… Sans peines, sans joies ou sans misères… Un minuscule morceau d’existence….
« La valeur de la vie ne peut se mesurer que par le nombre de fois où l'on a éprouvé une passion ou une émotion profonde. » Soichiro Honda
09:40 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note








